Interview Pétra Wauters : Laure Poyet, entre peinture et spiritualité

28 janvier 2014 par Pétra Wauters pour Artpresta

Laure Poyet, entre peinture et spiritualité

Immédiatement dans sa peinture, on retrouve la même énergie, le même mouvement qui semble l’entrainer dans le tourbillon de sa vie. Laure Poyet gère !

De la joie, de la gaité, du dynamisme. Même dans ses tableaux les plus sages aux dominantes de gris, nuance souvent associée à la solitude, l’agitation est présente. Des reliefs, de la matière, des projections. Laure Poyet passe à l’action et lâche prise pour mieux vivre ses rêves. C’est clair, c’est une femme libre. C’était déjà le cas, professionnellement, lorsqu’elle était psy, ou travaillait dans les relations humaines. Alors parlez lui d’art, il ne pouvait en être autrement. Elle a bien essayé de se laisser guider, mais son côté rebelle l’a confortée dans son désir de mener sa barque et évoluer de façon indépendante dans ses compositions abstraites. Elle vagabonde d’une palette à l’autre. Ose les mélanges de matières et des couleurs parfois surprenantes, garde la liberté de ses choix. Pour la blonde insoumise, sus aux diktats académiques qui disent qu’il faut apprendre, pour ensuite désapprendre ! On sait que l’art abstrait nait ainsi… le plus souvent. Mais Laure Poyet de reprendre sa phrase favorite « L’art ne se pense pas, Il se fait ».

Mais on peut aussi en parler !

Comment êtes vous devenue artiste peintre ?

Fin 2008, sur un salon « zen », je rencontre Olivier Wahl, philosophe et peintre, conférencier et formateur, qui me donne l’envie « d’aller voir » son cours, rue Saint Maur à Paris. Il me dédicace son dernier livre sur le processus de création. Immédiatement, le mardi 10 février 2009 vers 9h30, en me retrouvant dans ce petit atelier collectif sur cour, j’ai su que quelque chose de fondamental se passait (et Olivier, aussi, même s’il a la pudeur de ne pas évaluer une situation de peinture). Des centaines de couleurs sont là, à me tendre les bras, des pinceaux, des couteaux, des rouleaux, du papier. Rien n’est imposé : Olivier laisse ses « élèves » seuls 2h à 2h30. Puis revient. Nous exposons par terre nos créations et échangeons sur ce que nous avons ressenti pendant et ce que nous ressentons après. Il a l’idée fondamentale que toute création peut être montrée, sans complexe. Et que toute personne peut avoir la « prétention » de créer une œuvre.

Vous parlez d’un art organique. Dans les effets que vous obtenez, dans les matériaux que vous utilisez ?

Oui et non. L’expression « L’Art Organique » peut s’appliquer à la littérature notamment. C’est un art sans concession, sans projet vénal, qui ne met pas en pratique un académisme obligé et désobligeant, qui n’est pas contraint par une vision extérieure à soi, de l’Art. La devise « L’Art ne se pense pas ; Il se fait » complète ce courant.

Quelles sont vos inspirations ?

Les tubes de couleurs, leurs formes, leur consistance, la peinture en tant que matière « organique » elle-même, les milliers de tableaux rencontrés depuis mon enfance dans de nombreux musées du monde. Sinon, les gens en général.

Comment s’organise votre peinture entre polychromie, et monochromie ?

Je choisis d’abord la matière du support : lin, coton, un mixte des 2, béton, bois, papier épais. Ces supports organisent visuellement mon espace, délimitent des couleurs. Puis viennent les tubes et pots de couleurs. C’est en les regardant que je sais si une couleur va vibrer avec une autre. Il n’y a pas de règle, c’est l’inconscient qui parle en direct. J’aime travailler la polychromie, on me dit « coloriste » mais des concours m’ont forcée à travailler la monochromie. Le résultat a été très « puissant ». Je reste émue devant certaines de mes toiles. Sans fausse modestie. Dans votre bio, on lit qu’il existe des liens visuels entre Pollock et vous. On pourrait aussi bien évoquer un De Kooning pour ce côté, foisonnement. Est-ce une filiation que vous revendiquez ?

Dès certaines premières toiles, mon public y a vu une (ré)incarnation de Pollock. Incroyable.

J’ai vérifié cela en me déplaçant dans certains musées à l’étranger. Je revendique donc cette filiation avec Jackson Pollock, davantage que celle avec De Kooning. On apparente aussi certains de mes travaux, à ceux de l’américaine Joan Mitchell.

Cratère au Carré - Acrylique sur Toile - Chassis XL - 120x120 - 2013
Cratère au Carré – Acrylique sur Toile – Chassis XL – 120×120 – 2013

Est-ce que « peinture expressionniste abstraite » pourrait aussi bien convenir ?

Pourquoi pas. Dans certaines de mes œuvres, on sent davantage l’expressionnisme que de l’abstrait « plat ». J’aime par contre, les œuvres abstraites de Nicolas de Staël. Et d’une façon générale, l’abstrait venant de Chine (enfin, les originaux).

Quels sont les premiers axes dans vos tableaux ? Est ce que vous étudiez une composition ?

Il n’y a aucune composition sauf pour certaines œuvres orientées « Judaica » que je signe sous le nom d’Ellye. Je dirai plutôt une peinture qui me guide au-delà de mon esprit et de mon corps. Je fais plutôt corps avec ma peinture. C’est presque une peinture « automatique » comme l’écriture du même nom (sans entrer dans la polémique). Quand je peins, JE ne suis pas là …

Dans vos différents « métiers » de la psycho, en passant par les relations humaines, le conseil en insertion, vous êtes tournée vers les autres. C’est une vocation ?

Oui, dès l’âge de 16 ans (du côté de mon père, toute une filiation d’enseignants aussi…) Ce sont les autres qui me nourrissent et par déduction, ce sont eux qui nourrissent ma peinture. Ce sont leur chair. Comme disait mon déclencheur de talent, Olivier Wahl, « Laure, peut-être pourrais-tu éventuellement essayer d’entrer en contact avec les autres ? » (sous-entendu grâce à ma peinture). Ce qui souligne bien la relation entre mon incapacité à entrer en fusion avec l’Autre et ma peinture. Par ces métiers du relationnel, c’est comme si je m’acharnais en vain à éviter la séparation anaclitique (se situe chez le nourrisson, entre le 6ème et le 12ème mois, lorsqu’il se sépare symboliquement de sa mère, au moment du stade du miroir).

Vous êtes aujourd’hui Art manager : vous, et toujours les autres, on y revient.

C’est un bien grand mot. Toutefois, ma progression naturelle à révéler chez les autres, le meilleur d’eux-mêmes a fait en sorte qu’un certain nombre d’artistes viennent spontanément vers moi comme une sorte de « référent ». Ce sont les autres qui créent ce statut d’Art Manager, au fil de nos rencontres.

Fatigue Urbaine II - Acrylique sur Toile - 130x89cm - 2011
Fatigue Urbaine II – Acrylique sur Toile – 130x89cm – 2011

Vous qui préfériez les « anti-cours » où rien n’est imposé, vous animez à votre tour des ateliers.

Je fais des essais ! Autant, je trouve que l’acte libre de peindre est essentiel, autant certaines personnes aiment à être dirigées. Sinon, je vais continuer à transmettre ma peinture en créant devant les autres, notamment devant des élèves d’écoles d’art. Concernant Olivier Wahl, il avait une certaine pudeur à peindre devant nous. Il peignait seul pour ne pas nous influencer.

Vous êtes aussi modèle, à vos heures perdues, dites-vous. Vous le considérez aussi comme un métier ?

Pour la petite histoire, avant de me lancer dans les études de psychologie, je voulais être comédienne et mannequin. Mes parents, très traditionalistes, m’en ont vite dissuadée. Ce n’est pour autant qu’ils m’ont financée mes études ! J’ai du travailler en parallèle : enseigner, éduquer, vendre et poser comme modèle. Puis plus rien dans ce domaine… trop de complexes ! C’est avec le temps que j’ai repris cet « amusement » en posant pour des amis photographes ou sculpteurs, peintres et surtout dans la peau d’une femme épanouie, mûre et sûre d’elle. Je veux montrer aussi qu’on peut avoir une belle plastique après 40-50 ans sans chirurgie esthétique avec des canons de beauté différents de certains diktats ! Je suis une féministe engagée.

Est-ce que l’on peut dire que vous êtes une touche à tout ?

Oui et non. Si je m’écoutais, je ferais 15 métiers et activités différents. Mais 2 axes principaux dirigent ma vie : la peinture et la spiritualité.

Quels sont vos projets pour 2014 ?

Créer des liens durables entre les mondes de l’Art et de l’Entreprise, ce dernier étant en souffrance perpétuel face aux changements quotidiens (je suis en train de monter des formations et conférences). Faire en sorte que les professionnels de l’art se décloisonnent ; pour l’instant, chacun campe dans sa position qu’il croit être la plus juste. Explorer les voies pour toucher les « vraies » galeristes et les mécènes pour un travail de qualité, dans la durée. Monter un atelier à Paris avec des étudiants et passionnés du monde entier (et mes amis artistes qui voudront bien participer) pour développer le courant artistique que je suis en train d’initier.

Exposer en Israël … Je suis déjà représentée par la FICJ (Fédération Internationale des Communautés Juives). Continuer un projet international qui passe notamment par Hong Kong !

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